Salaire médecin France Belgique : ce que la Belgique ne prélève pas

Dr Thibault Mendes

Médecin & fondateur de MyMedjob

Publié le 21 juillet 2026 · 8 min de lecture

En Belgique, les revenus professionnels supérieurs à 110 562,42 € ne supportent plus aucune cotisation sociale. En France, la CSG-CRDS à 9,70 % et les allocations familiales à 3,10 % ne sont jamais plafonnées : sur le 300 000e euro gagné, le médecin français cotise encore à 13,1 %, le médecin belge à 0 %. Cet écart de structure, combiné au régime des sociétés, produit un différentiel de revenu net de l’ordre de 30 à 37 % chez les praticiens à hauts revenus. Il est en revanche nul, voire défavorable, chez le généraliste. Voici le détail, les seuils et les réserves.
Revenu professionnelNet FranceNet Belgique (personne physique)Net Belgique (société)
150 000 €65 500 € — 43,7 %69 600 € — 46,4 %89 800 € — 59,9 %
200 000 €88 500 € — 44,2 %92 900 € — 46,4 %120 700 € — 60,4 %
250 000 €113 500 € — 45,4 %116 100 € — 46,4 %151 500 € — 60,6 %
400 000 €183 300 € — 45,8 %185 900 € — 46,5 %243 700 € — 60,9 %
Modélisation MyMedjob à partir des barèmes INASTI, SPF Finances, URSSAF et CARMF. Revenu professionnel après frais professionnels, célibataire sans enfant, commune à 7 % d’additionnels. Les hypothèses françaises sont volontairement prudentes : l’écart présenté est un plancher.

Jusqu'à quel montant cotise-t-on en France et en Belgique ?

La Belgique plafonne, la France non. C’est la différence de fond entre les deux systèmes, et elle est inscrite dans les textes.

Tranche de revenu professionnelTaux de cotisation en Belgique
Jusqu’à 75 024,54 €20,50 %
De 75 024,54 € à 110 562,42 €14,16 %
Au-delà de 110 562,42 €0 %

Ces trois lignes viennent directement du barème publié par l’INASTI. Côté français, la CSG-CRDS de 9,70 % s’applique sur le bénéfice majoré des cotisations obligatoires, et les allocations familiales de 3,10 % s’appliquent au revenu entier. Ni l’une ni l’autre ne connaît de plafond. La CARMF et l’assurance maladie sont plafonnées, mais le socle de 13,1 % subsiste indéfiniment.

Conséquence directe : à partir d’environ 110 000 € de revenu professionnel, chaque euro supplémentaire est intégralement disponible pour l’impôt et le net en Belgique, alors qu’il reste amputé de 13,1 % en France. Plus la spécialité est rémunératrice, plus l’écart se creuse.

Pourquoi la société change-t-elle tout en Belgique ?

Parce que le dividende belge échappe aux cotisations sociales, et que son homologue français n’y échappe pas. C’est le second mécanisme, et c’est celui qui produit l’essentiel de l’écart chiffré plus haut.

En Belgique, une SRL de praticien paie l’impôt des sociétés au taux réduit de 20 % sur les 100 000 premiers euros de bénéfice, à condition de verser au dirigeant une rémunération d’au moins 50 000 € bruts. Le solde peut être distribué en dividendes sous le régime VVPRbis, au précompte mobilier de 18 % depuis 2026 — et ces dividendes sont exonérés de cotisations sociales.

En France, le montage équivalent bute sur une règle spécifique : pour une société d’exercice libéral, la fraction de dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes d’émission et du compte courant d’associé est réintégrée dans l’assiette des cotisations TNS, aux mêmes taux que la rémunération. La voie du dividende non cotisé est donc fermée. Deux praticiens au même chiffre d’affaires, deux structures juridiques comparables, deux résultats nets très différents.

Que reste-t-il vraiment en net à revenu professionnel égal ?

Entre 150 000 et 400 000 € de revenu professionnel, un médecin belge exerçant en société conserve 33 à 37 % de net de plus qu’un confrère français, soit 24 000 à 60 000 € par an. En personne physique, l’écart tombe à 1 à 3 points de taux de net : à ce niveau, la Belgique n’apporte pas d’avantage décisif.

L’explication tient au cumul des deux mécanismes. Le plafonnement libère la partie haute du revenu de toute cotisation ; le canal dividende permet ensuite de sortir cette partie haute à un coût fiscal combiné d’environ 34 % (20 % d’impôt des sociétés puis 18 % de précompte), là où le barème de l’impôt des personnes physiques belge atteint 50 % dès 49 840 €. Sans société, le médecin belge subit ce taux marginal de 50 % de plein fouet — et l’avantage s’évapore.

Un médecin généraliste gagne-t-il vraiment plus en Belgique ?

Non, et il faut le dire clairement : le généraliste ne franchit pas le plafond de 110 562 €, donc il ne capte aucun des deux mécanismes. Les données disponibles ne montrent pas d’avantage belge à ce niveau de revenu.

Côté belge, l’étude nationale commandée par la Commission fédérale de planification, menée auprès de 2 974 généralistes, situe le revenu net moyen à 4 707 € par mois. Côté français, la CARMF établit le revenu net d’activité indépendante moyen des 57 227 généralistes libéraux à 97 099 € pour 2024, en hausse de 8,70 % sur un an. Les deux agrégats ne se comparent pas à l’euro près — le second s’entend avant impôt sur le revenu — mais aucun ne soutient l’idée d’un généraliste belge nettement mieux loti.

Ce que la Belgique offre au généraliste se situe ailleurs : démarches d’installation allégées, remplacements mieux rémunérés, pratique mixte cabinet-hôpital courante, et une demande médicale qui dépasse largement l’offre. Les offres d’emploi médical publiées en Belgique en donnent la mesure.

Quelles spécialités profitent le plus de cet écart ?

Celles dont les revenus dépassent nettement le plafond de cotisation, c’est-à-dire les disciplines techniques et médico-techniques. Le classement CARMF 2024 des revenus nets d’activité indépendante en France donne l’ordre de grandeur des spécialités concernées.

SpécialitéRevenu net d’activité indépendante (France, 2024)
Cancérologie405 800 €
Médecine nucléaire241 700 €
Anesthésie-réanimation215 900 €
Ophtalmologie210 700 €
Chirurgie195 300 €
Radiologie et imagerie194 600 €
Pédiatrie90 200 €
Gériatrie83 800 €
Endocrinologie81 200 €

Toutes les disciplines situées au-dessus de 110 000 € voient l’intégralité de leur revenu excédentaire échapper aux cotisations en Belgique. Les spécialités cliniques du bas de tableau — pédiatrie, gériatrie, endocrinologie — restent en deçà du seuil et se retrouvent dans la même situation que les généralistes.

Le statut renforce l’effet. La France applique des grilles salariales nationales à l’hôpital, publiées par le Centre National de Gestion, qui compriment les écarts entre disciplines. En Belgique, de nombreux spécialistes hospitaliers exercent comme indépendants, un statut qui ouvre l’accès à la société et donc aux deux mécanismes décrits plus haut.

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Que faut-il vérifier avant de franchir le pas ?

Quatre points conditionnent la réalité de l’écart et méritent d’être instruits avec un comptable belge avant toute décision.

Comment choisir entre exercer en France ou en Belgique ?

Le choix se joue sur le niveau de revenu et sur l’appétence pour la structure. Au-delà de 110 000 € de revenu professionnel et avec une société, la Belgique offre un avantage net substantiel et documenté. En dessous, ou en personne physique, l’écart devient marginal et les autres critères reprennent la main.

Dans tous les cas, faites chiffrer votre situation précise. Les seuils cités ici sont ceux de 2026 et l’écart dépend directement de votre spécialité, de votre volume d’activité et de votre structure juridique.

Ce qu'il faut retenir

L’avantage belge n’est pas une question de charges plus légères en général. C’est une question de plafond et de structure. Il concerne les hauts revenus en société, et il faut le chiffrer sur sa propre situation avant d’en tirer une décision.

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